Rhum & Prohibition Contrebande & Conquête

La période de Prohibition aux États-Unis (1920-1933) est souvent associée à l’interdiction de l’alcool, l’essor des speakeasies et la montée des gangsters comme Al Capone. Derrière ce chapitre tumultueux de l’histoire américaine se cache un acteur inattendu : le Rhum.

Article par Jamin Cécile

Importé principalement des Caraïbes, le rhum a joué un rôle central dans l’économie clandestine de l’alcool durant ces années d’interdiction. Cet article explore l’importance du rhum pendant la Prohibition, sa place dans la contrebande, et son impact durable sur la culture américaine.

Le contexte de la Prohibition : une soif inextinguible

En 1920, le Volstead Act, qui rendait illégale la production, la vente et la distribution d’alcool, est entré en vigueur. Pourtant, loin de dissuader la consommation d’alcool, la Prohibition a ouvert la voie à un commerce clandestin prospère. Tandis que des millions d’Américains continuaient à désirer des boissons alcoolisées, les contrebandiers ont vu une opportunité en or. Parmi les boissons les plus recherchées, le rhum a rapidement gagné en popularité, en particulier sur la côte Est.

Le rôle stratégique des Caraïbes

Le rhum, produit principalement dans les îles des Caraïbes comme la Jamaïque, Cuba, la Barbade et Haïti, avait un avantage stratégique unique durant la Prohibition : la proximité géographique. Ces îles étaient situées à une distance relativement courte des États-Unis, en particulier de la Floride. Des contrebandiers, surnommés « rum-runners », utilisaient des bateaux rapides pour transporter de grandes quantités de rhum à travers les eaux internationales et les faire débarquer dans des ports américains.

Avant la Prohibition, le whisky et la bière étaient les boissons alcoolisées les plus populaires aux États-Unis. Cependant, avec les distilleries américaines fermées et l’accès au whisky écossais difficile, le rhum a pris une place de choix parmi les consommateurs. Moins coûteux à produire et à transporter, il était aussi plus facile à dissimuler grâce à sa disponibilité en grandes quantités dans les Caraïbes.

Les bars clandestins, ou speakeasies, proposaient souvent du rhum en raison de sa disponibilité et de sa polyvalence. Il était utilisé pour préparer des cocktails emblématiques de l’époque, comme le Daiquiri, le Cuba Libre et d’autres boissons tropicales. Ces cocktails masquaient parfois la mauvaise qualité du rhum de contrebande, mais ils ont aussi contribué à façonner une nouvelle culture de la consommation d’alcool.

.L’influence de la culture cubaine

Un autre facteur important dans l’essor du rhum pendant la Prohibition a été l’influence cubaine. Avant même l’interdiction, Cuba était une destination populaire pour les Américains. Lorsque la Prohibition est entrée en vigueur, de nombreux riches Américains ont commencé à faire des voyages réguliers à Cuba pour profiter des casinos, des bars et, bien sûr, du rhum cubain. Cette proximité géographique a facilité le commerce illicite. Des villes comme La Havane sont devenues des plaques tournantes pour les affaires alcoolisées, et le rhum cubain a acquis une grande notoriété aux États-Unis.

Les relations entre les États-Unis et Cuba ont également permis aux distilleries cubaines Havana et Bacardi de prospérer, malgré la Prohibition, grâce à la demande constante de rhum.

Les bars à La Havane, avec leurs cocktails à base de rhum et leurs ambiances exotiques, sont devenus des destinations incontournables pour les Américains en quête de plaisirs interdits.

« J’aime ce pays et je m’y sens comme chez moi »

Ernest Hemingway.

La montée des gangsters et le commerce illicite

Avec l’augmentation de la demande en alcool, les organisations criminelles ont rapidement pris le contrôle du marché noir. Des figures célèbres comme Al Capone à Chicago et Lucky Luciano à New York ont fait fortune en organisant des réseaux de contrebande qui transportaient non seulement du whisky, mais aussi du rhum. Le commerce de ce dernier, bien que moins médiatisé, était tout aussi lucratif. Le contrôle du marché du rhum a permis à des gangs de s’enrichir et de renforcer leur emprise sur certaines régions.

Des ports comme ceux de Miami ou de New York sont devenus des points d’entrée majeurs pour le rhum de contrebande. La police maritime et les garde-côtes, malgré leurs efforts, ont souvent été dépassés par l’ingéniosité des contrebandiers. Ces derniers utilisaient des bateaux modifiés pour transporter du rhum rapidement et discrètement, échappant ainsi aux autorités.

Un héritage durable

Lorsque la Prohibition a pris fin en 1933, l’industrie du rhum avait déjà consolidé sa place dans le paysage culturel et commercial des États-Unis. Les cocktails à base de rhum, popularisés durant la Prohibition, ont continué à être consommés, et la réputation du rhum des Caraïbes, notamment celui de Cuba, est restée solidement ancrée.

La Prohibition a ainsi permis au rhum de passer du statut de boisson exotique à celui d’élément central de la culture américaine. Il a joué un rôle crucial dans l’économie illégale de l’époque et a marqué durablement les habitudes de consommation d’alcool aux États-Unis.

Al capone

Lucky Luciano

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